f             
texte 55

   Fin de l'inquisition sénatoriale

      par Paul Alavigna


« Nous allons vérifier ligne par ligne pour débusquer les invraisemblances, les incohérences et les éventuels mensonges ... Le brouillard n'a pas été dissipé... Soit il ment soit il veut protéger quelqu'un » déclare entre autres le president de cette commission d'enquête du Sénat sur l'affaire Beannala.

La commission des lois du Sénat a repris ses activités suite aux révélations selon quoi l’intéressé Benalla a continué de se servir de ses passeports diplomatiques.

La reprise de l'inquisition sénatoriale se marque de frémissements de paupières, ils bouillonnent les co-rapporteurs. Ils cherchent ce qu'ils veulent trouver. Il y a forcément quelque chose. Unetelle est sûre de son fait : « vous avez fourni une fausse note pour obtenir un visa d'entrée au Tchad ». Mais non il est rentré sans visa.

L'accusé Benalla affirme sous serment qu'il ne détient aucun secret, qu'il n'exerce aucun chantage. Grande déception sur les visages des sénateurs, ils ne le croient pas, ne veulent pas y croire, forcément il y a quelque chose d'autres qu’ils vont finir par trouver, le sang leur monte à la tête...

Les sénateurs sont convaincus que Benalla cache quelque chose. Ils cherchent ce qu'ils voudraient trouver : un scandale d'Etat.

Ils persistent dans leur inquisition avec un plaisir pervers. Car ils ont des allures de commission de l'inquisition qu'ils expriment l'un par des mouvements d'yeux inconsidérés, l'autre par de petits sourires impossibles à dissimuler, un autre encore par un chatoiement d'imparfaits du subjonctif pour terminer ses phrases.

Ce qu'il faut souligner c'est leur certitude selon quoi en creusant ils vont finir par trouver. Quoi ? En fait ce qu'ils cherchent, le scandale d'Etat qui a animé une partie de l'été 2018... Repris et répété, encore entendu le matin 29 décembre 2018  sur RFI: « on est face à une véritable affaire d'Etat ».

Depuis la première saison de l'enquête les oppositions ne trouvent pas ce qu’ils attendent, donc ils disent qu'ils n’apprennent rien, qu'on leur dit rien sur le scandale d’État du fait qu'un conseiller du Président aille frapper des manifestants dans la rue, et que cela révèlerait l'existence d'une police parallèle.

C'est ce dernier point qui agite le plus les opposants.

A l'été 2018 il n'y a que le premier point qui est avéré. Un chargé de mission qui a outrepassé ses droits. Un conseiller devenu une sorte d'ange gardien pour le président qui ne pouvait plus se passer de sa présence permanente.

Durant cette saison 1, on entend que les révélations ne cessent de pleuvoir, que le scandale est loin d'être terminé. Il est répété qu'il s'agit d'un scandale ou d'une affaire d’État, il est souligné la gravité de ce qui se passe, affirmé que l'heure est grave. Les oppositions ont failli prendre le pouvoir à l'assemblée nationale, pas loin de se soulever contre le gouvernement qui n'avait plus le contrôle de l'assemblée, d'ailleurs les projets de loi institutionnels n'ont pas pu être votés.

Pour l'Inspection générale des polices, l’interpellation d'un manifestant par Bennala d'abord examinée comme celle effectuée par un policier ordinaire n'est pas jugée d'une violence dépassant les habituelles interpellations. Un enquêteur demande alors si le degré d'acceptabilité de la violence policière s'est accrue ? Non, au contraire, il lui est répondu, il a baissé depuis ces dernières décades.

Les enquêteurs d’opposition se révèlent presque des inquisiteurs, on pourrait penser que certains sont membres du tribunal révolutionnaire sur le point de condamner à mort le prévenu.

« On apprend rien » est repris en boucle pur signifier que quelque chose est caché. La presse n'allait pas non plus lâcher l'affaire. En avoir parlé à temps plein pendant une semaine ou plus pour arriver à rien, c'était impossible.

Le président de la commission du Sénat qui traque le détail avec délices jubile tel un chanoine en se frottant les mains.

La sagesse revendiquée du Sénat s'exprime à travers la lenteur avec laquelle les questions sont posées, comme si la France n'avait que ça comme préoccupation. N’empêche que les enquêteurs s'envoient sans cesse des titres, monsieur le président, madame la co-rapporteure, monsieur le directeur etc... Les echanges font découvrir un rhizome administratif qui parvient à se donner pour objectif l'objectif même de son administration.

D'un autre côté les représentants des "Insoumis" sont quasiment en démarche insurrectionnelle. L'affaire leur permet d'affuter leur projet qui est de prendre le pouvoir.

Pourtant le scandale d'Etat se dégonfle un peu chaque jour laissant place à une crise de nerfs. La crise de ceux qui veulent faire payer à Macron son arrogance à régner, sa ténacité aux réformes.

Le président de la commission persiste à chercher des réponses à des questions qu'il se pose. Il pinaille, cherche la petite bête, coupe les cheveux en 4. Aux termes de son explication sur le port d'arme de Benalla, on se demande en quoi cela changerait quoi que ce soit d’une thèse à l'autre en présence. En fait quoi on pourrait reprocher à cet homme ou au Président de la république qui pourrait empêcher l'eau de couler sous les ponts?

Le plus probable est que Macron en réchappe de cette affaire de tabasseur illégal, celle d'un homme ayant fréquenté les cités d'Evreux, rebeu, ni enarque ni sous-préfet.


                                                                                 sommaire   haut de page
22/1/2019 / tous droits réservés / texte reproductible sur demande / m. à j. 5/5/2019
La page de jean pierre ceton
Dans la francophonie continuer le français
Pour une littérature numérique
Détestation du mot bouquin
Poursuivre l'expérience de la langue

retour page principale
écrire à lettreaulecteur